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La finance solidaire a le vent en poupe

En 2009 les encours des fonds socialement responsables ont pour la première fois dépassé les 50 milliards d'euros en France, selon Novethic. Une progression spectaculaire de 70% en un an. La crise explique en partie cette croissance mais elle n'est pas seule en cause.

L'investissement socialement responsable progresse régulièrement depuis dix ans en France. Il séduit épargnants et institutionnels, et contamine le secteur du capital-risque.

co2Les spécialistes regroupent sous l'appellation « finance responsable » tout un ensemble de systèmes d'épargne, d'investissements et de fonds, dont le point commun est d'être soucieux de l'homme et de l'environnement. Ils s'inscrivent dans une véritable démarche de développement durable et font se rencontrer épargnants et entreprises vertueuses sur des critères très précis. On distingue les familles de l'investissement socialement responsable (ISR) et des fonds solidaires. « L'investissement socialement responsable c'est la prise en compte de critères non financiers comme la bonne gouvernance, l'environnement, des critères sociaux », explique Grégoire Cousté, chargé de mission au FIR (Forum pour l'Investissement Responsable), organisation qui regroupe des acteurs du secteur et dont la mission est de promouvoir l'ISR et ses bonnes pratiques, à travers notamment l'organisation d'événements comme la semaine de l'ISR. Il existe aujourd'hui 250 fonds socialement responsables qui se concrétisent sous la forme de placements classiques types SICAV, assurances-vie, livrets ou encore épargne salariale. 

Selon Novethic, l'épargne salariale a été l'an dernier une des causes importantes de la forte croissance des encours des fonds socialement responsables. « Alors que l'épargne salariale globale croît de 21%, l'épargne salariale ISR a presque doublé entre 2008 et 2009. Atteignant les 6,5 milliards d'euros (contre 3,3 milliards en 2008), elle représente désormais 13% du total de l'épargne salariale ». Un comportement qui ne surprend pas Gérard Verger, PDG de la société VMP (85 salariés) à Moncoutant dans les Deux-Sèvres. « Nos salariés choisissent la destination de leur épargne salariale, en l'occurrence un plan de participation. A 50% ils la placent dans du monétaire et à 50% en actions. Et dans les placements en actions, ils en mettent 50% sur le solidaire. Et ce depuis le départ du plan de participation », explique-t-il. Cette tendance devrait s'accentuer dans les entreprises, car depuis le 1er janvier 2010, elles sont obligées de proposer au moins un fonds solidaire lorsqu'elles mettent en place un plan d'épargne salariale. Pour nombre d'entreprises et de salariés ayant mis en place des plans d'épargne salariale, la possibilité d'affecter une partie des sommes dans des fonds ISR constitue une manière très simple de soutenir le développement durable, le progrès social et ainsi d'opter pour un comportement citoyen.

Autre phénomène très marquant : les encours des épargnants particuliers dans des placements ISR ont plus que doublé en 2009 (+111%). Sont inclus dans ces chiffres l'épargne salariale mais aussi l'assurance-vie qui introduit dans ses placements une proportion de plus en plus importante d'ISR. Selon Grégoire Cousté, l'une des causes de cet essor c'est la crise et son corolaire :  la recherche de valeurs sûres, durables, à l'opposé de la spéculation court terme des marchés financiers. Or les entreprises labellisées socialement responsables sont dans une démarche de long terme. « Elles sont dans une démarche de progrès, pratiquent la transparence, sont soucieuses de l'environnement, investissent à long terme. On se rend d'ailleurs compte que sur la durée investir dans des fonds ISR est au moins aussi performant que d'investir dans des placements classiques ».

Une diversité de placements

Les fonds solidaires sont un peu différents des fonds ISR. Pilotés en France par l'association Finansol qui en assure la promotion et délivre un label aujourd'hui reconnu, ils sont exclusivement orientés vers le financement d'activités utiles à l'insertion sociale d'autres personnes. Dans ce cas, l'épargne n'est pas placée en actions dans de grandes entreprises vertueuses, mais dans des initiatives de plus petite dimension. Finansol met par exemple en avant des initiatives comme le FCP (Fonds Commun de Placement) habitat et humanisme, géré par une filiale du Crédit Agricole Asset Management. Ses souscripteurs font don de 25% du revenu annuel de leurs parts à l'association humanisme et habitat (action pour loger et réinsérer des personnes en difficultés). 50% des frais de gestion et 80% des droits d'entrée sont également versés à  habitat et humanisme. Enfin, 5% des encours sont investis dans le capital de la Foncière d'habitat et humanisme dont l'activité consiste à acheter et réhabiliter des logements pour les personnes en difficultés. En 2009, le rendement de ce FCP a été de 12,9%.

Des thématiques variées

Il existe également des fonds thématiques, dédiés par exemple aux énergies renouvelables, à l'eau, aux déchets et plus largement au développement durable. Apparus récemment, on leur donne l'appellation d'IRD (Investissement Responsable et Durable) ou bien fonds verts. Selon Novethic, il en existe près de 200 en Europe et 40 en France. La société de gestion,  Etoile gestion, filiale du Crédit du Nord, commercialise par exemple un FCP baptisé Etoile développement durable Environnement. Il gère un peu plus de 20 millions d'euros, dont 75% sont investis dans des sociétés « dont les activités contribuent au développement durable, notamment dans les énergies renouvelables ». La plupart des grandes banques et des compagnies d'assurance commercialisent des fonds de ce type. Là encore, pour des entreprises ou des particuliers, ce sont des placements relativement aisés à mettre en place dans une démarche de développement durable et/ou de solidarité.

Un dernier domaine est apparu plus récemment dans le monde de la finance solidaire. Il s'agit de sociétés de capital-risque ou capital-développement spécialisées dans le financement d'entreprises dans le domaine du développement durable ou du secteur social. Les plus nombreuses se sont lancées ces dernières années dans le financement de ce qu'on appelle les « cleantechs », les technologies vertes, qui sont prometteuses de croissance. Une multitude de fonds spécialisés existent dans ce domaine. En 2009, les entreprises de ce secteur ont levé dans le monde 20 milliards d'euros de fonds. Toutes les entreprises de ces secteurs, pour peu qu'elles portent des technologies innovantes et/ou de belles perspectives de croissance, disposent là d'une source de financement disponible très importante. De la même manière, mais à un niveau plus modeste, certaines sociétés de capital-risque se positionnent sur l'investissement socialement responsable. C'est par exemple le cas de la société Investisseur & Partenaire pour le développement qui participe à des actions dans la micro-finance en Afrique et investit dans des PME africaines.

« Finalement l'ISR, c'est ni plus ni moins que de revenir en arrière sur des stratégies d'investissement durables. Le discours dominant actuel c'est que ça diminue le risque car l'ISR est plus pérenne. Il ne faut pas oublier que le principal critère de ces fonds, c'est leur performance. Avec l'ISR, celle-ci s'inscrit dans la durée », plaide Grégoire Cousté.

Pierre-Albert RUQUIER

 Sites internet pour aller plus loin :

Novethic
Forum pour l'investissement responsable

Finansol