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Les déchets électriques et électroniques professionnels ont leur filière

Depuis le 1er juillet, une nouvelle filière nationale de collecte et de recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques des professionnels du bâtiment est opérationnelle. Son nom : « DEEE pro du bâtiment ». L’enjeu : récupérer 70.000 tonnes de déchets par an pour les recycler ou les valoriser. 

deeeLa règlementation (décret européen DEEE de juillet 2005) impose de collecter et de recycler les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) de certaines catégories, essentiellement issus des chantiers de rénovation ou de déconstruction du secteur du bâtiment. Ces déchets sont de plusieurs sortes. Ce sont d’abord tous les équipements d’éclairage, qu’ils soient de voirie ou intérieurs aux bâtiments. Ce sont aussi les équipements d’éclairage de sécurité. Autres déchets importants : tous les matériels électriques et électroniques de sécurité comme les alarmes, les caméras de surveillance, les boîtiers de codes d’accès, mais aussi les détecteurs d’incendie, les systèmes d’alarme anti-incendies. Enfin, ce sont tous les appareils de contrôle et de régulation comme les thermostats, les programmateurs ou les détecteurs physico-chimiques.

L’ensemble de ces déchets est estimé à 70.000 tonnes par an, dont seulement 8% font aujourd’hui l’objet d’une collecte sélective, afin d’être recyclés. Or ces matériels contiennent des matériaux recyclables, et peuvent également comporter des éléments polluants qu’il faut traiter. Jusqu’à présent, ces déchets étaient apportés dans des déchetteries industrielles ou bien chez des ferrailleurs, et ne faisaient pas l’objet d’un traitement particulier. Au contraire, avec la nouvelle filière, « les DEEE sont dépollués, c’est-à-dire que tous les composants potentiellement dangereux pour l’environnement (piles et accumulateurs, cartes électroniques, écrans, mercure, …) sont séparés des autres matériaux. Chaque composant est ensuite envoyé vers des filières dédiées, afin d’être recyclé ou valorisé. Ils permettent donc de réalimenter en matière première secondaire les usines fabriquant les produits de demain », explique Hervé Grimaud, directeur général de Récylum

Nombreux acteurs impliqués

L’éco-organisme Récylum, créé en 2005 pour organiser la collecte et le recyclage des ampoules électriques, est désormais également l’opérateur de la filière DEEE pro du bâtiment. Récylum est financé par les producteurs d’ampoules électriques et de matériels. Afin de respecter la réglementation, il a monté cette filière DEEE pro du bâtiment avec tous les acteurs de la chaîne, depuis les fabricants (5 syndicats professionnels) jusqu’au recyclage, en passant par la collecte ainsi que les professionnels du bâtiment (CAPEB, FFB, FEDELEC, FFIE, FGME et SERCE). Dans un premier temps, Récylum a expérimenté la filière dans la région Rhône-Alpes durant un  an. « La phase d’expérimentation en Rhône-Alpes n’avait pas pour vocation de collecter du volume, mais de tester le dispositif opérationnel auprès de certains acteurs, notamment les installateurs électriciens qui ont totalement adhéré à la démarche », explique Hervé Grimaud.

La démarche étant validée, la filière a pu être étendue, et elle est désormais opérationnelle dans toute la France avec 150 déchetteries professionnelles capables de recevoir les DEEE qui sont collectés et traités par Récyclum. A terme, 300 points de collecte seront ouverts dans toute la France.

Artisans et grandes entreprises concernés

En fait, de très nombreuses entreprises intervenant dans le bâtiment sont concernées. En premier lieu, toutes les entreprises d’électricité. Mais aussi les installateurs d’appareils de sécurité, d’alarme, de systèmes de contrôle d’accès… Les entreprises de démolition ainsi que les grands comptes et les services techniques des collectivités font partie de la galaxie de tous ceux qui sont susceptibles d’avoir à se débarrasser de DEEE. Au total, la filière DEEE Pro implique «120 sociétés et leurs partenaires distributeurs (150 sociétés), ainsi que les installateurs électriciens (40.000 sociétés, de l’artisan au grand groupe). Ils représentent globalement 150.000 salariés », précise Hervé Grimaud.

Pour les professionnels, le dépôt des déchets est gratuit et il n’est pas soumis à des conditions. La réglementation n’impose pas de recycler des déchets d’équipements fabriqués avant 2005, mais Récylum a choisi de prendre tous les déchets quelle que soit leur date de fabrication. De la même manière, si des déchets n’ont pas été fabriqués par les adhérents de Récylum, ce dernier les collecte tout de même et se charge de restituer aux producteurs non adhérents les DEEE pro issus de leurs équipements.

Atteindre 80% de recyclage

En partant de très bas avec seulement 8% de DEEE pro recyclés, la progression semble aisée. Toutefois Récylum reste prudent sur la collecte tout en se fixant un objectif en termes de taux de recyclage, comme l’explique Hervé Grimaud : « En matière de recyclage, l’objectif est d’obtenir un taux de 80% du poids des DEEE. Quant au taux de collecte, il va dépendre de la propension des détenteurs à rapporter leurs déchets. Intégrer la collecte sélective à leurs chantiers va représenter un important changement d’habitude pour les installateurs électriciens. C’est donc trop tôt pour se fixer des objectifs de collecte ». C’est donc un challenge pour les entreprises concernées. Elles vont devoir changer leurs habitudes et modifier leurs comportements. Cela devrait passer par de la pédagogie, de la formation et de l’information de leurs salariés. Les fédérations professionnelles partenaires de la filière se sont engagées à en faire la promotion.

100 euros la tonne

« L’ensemble des coûts de fonctionnement de la filière (logistique, traitement, etc.) sont de l’ordre de 100 euros la tonne, rappelle Hervé Grimaud. Récylum est un éco-organisme, à but non lucratif. Les coûts de la filière sont répercutés aux fabricants des équipements électriques et électroniques concernés, en fonction des tonnages ». Il existe donc peu de freins pour la collecte. La principale difficulté sera d’informer la multitude d’acteurs concernés et de faire en sorte qu’ils adhèrent au projet et le mettent en pratique. Trouver facilement un point de collecte pas trop éloigné est sans doute aussi une condition importante de la réussite. A ce sujet, Hervé Grimaud précise que « courant juillet, un outil de géolocalisation des points de collecte sera disponible sur le site Internet dédié à la filière DEEE Pro ». Et pour que la boucle soit bouclée, Récyclum agit très en amont de la filière avec tous les fabricants d’équipements électriques et électroniques. « Comme pour les lampes, Récylum va mettre son expertise en matière de recyclage au service des fabricants pour qu’ils prennent en considération dans leur politique d’éco-conception la problématique de la fin de vie de leurs produits », explique Hervé Grimaud.

Pierre-Albert RUQUIER

 Pour en savoir plus : http://www.recylum.com