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Les prémices d'un tourisme durable

 

Le tourisme est un secteur économique d'importance (en Poitou-Charentes : 2,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires soit 8% du PIB régional). Les entreprises de ce secteur sont encore assez peu nombreuses à se préoccuper d'environnement et de développement durable, mais les pratiques et les offres évoluent. Le Poitou-Charentes se distingue par son avance dans ce domaine.

Face au tourisme de masse, la demande est grandissante et les réponses en termes de nouveaux services ou de nouvelles pratiques touristiques se développent. Le tourisme durable est une notion assez large qui englobe beaucoup de problématiques différentes, depuis l'hébergement jusqu'à la gestion des déchets, en passant par le respect de l'environnement, les transports et la responsabilité sociale.

tourisme durableLa définition de l’organisation mondiale du tourisme concernant le tourisme durable est la suivante : Un tourisme qui mène à la gestion de toutes les ressources de telle sorte que les besoins économiques, sociaux et esthétiques puissent être satisfaits tout en maintenant l'intégrité culturelle, les processus écologiques essentiels, la diversité biologique, et les systèmes vivants. En d’autres termes, il s’agit donc d’un tourisme qui respecte l’environnement et qui permet un développement économique et social. Cette prise en compte du développement durable se traduit par des touristes et des professionnels plus responsables.

Dans ce domaine, la région Poitou-Charentes est un bon exemple. Le Comité régional du tourisme a fait du tourisme durable l’une de ses priorités de communication et de marketing cette année. Il ne partait pas de zéro.

« On a la chance en Poitou-Charentes d’être la première région de France en nombre d’établissements écolabellisés. Ils sont au nombre de sept et il y en a dix-sept dans toute la gamme, c’est-à-dire aussi bien des campings, des résidences de tourisme, que des hôtels, explique Christian Lucas, directeur du Comité régional du tourisme de Poitou-Charentes. Précisons que l’écolabel européen n’a rien à voir avec le classement des établissements en une, deux, trois ou quatre étoiles. C’est donc une autre façon de prendre ses vacances en tenant compte de l’environnement».

Cet écolabel européen est délivré en France par l’Afnor. Il concerne les hébergements touristiques et les campings. Les établissements labellisés doivent respecter un cahier des charges d’une centaine de points comme la limitation de consommation d’énergie et d’eau, la réduction de la production des déchets, ou bien encore l’éducation du public et la communication vers lui. « Dans un processus durable, le client doit jouer le jeu, il faut donc communiquer pour lui expliquer les démarches, précise Christian Lucas ».

Dans la Vienne, l’hôtel Les Orangeries, situé à Lussac-les-Châteaux (1er hôtel français ayant obtenu l’écolabel européen) a mis en place une démarche globale depuis le bâtiment, conçu pour consommer moins d’énergie jusqu’aux services aux clients et aux choix des fournisseurs. Pour limiter les déchets, tous les produits jetables et les suremballages ont été supprimés : on ne trouve pas les petits savons et autres gobelets en plastique dans les chambres mais des distributeurs. Les robinets des salles de bain ont des débits moindres, ce qui permet de diviser par deux la consommation d’eau, et l’eau de pluie est récupérée. La cuisine est réalisée à partir de produits bios issus de fournisseurs locaux. Sur l’Ile de Ré, l’hôtel Les Vignes de la Chapelle, lui aussi labellisé, allie les mêmes caractéristiques en y ajoutant la dimension protection de la nature, et en étant par exemple un refuge pour oiseaux de la LPO (ligue protectrice des oiseaux). Ces démarches ont des conséquences sur le management de ces petites entreprises. « Tous les entrepreneurs qui ont cet écolabel disent que c’est une vraie révolution dans leur entreprise, précise Christian Lucas. C’est une autre façon de travailler dans l’entreprise, y compris avec le personnel ».

29 décembre : l’entrée en vigueur de la taxe carbone trois jours plus tard est annulée par le Conseil Constitutionnel. Un coup de théâtre qui ne marque pas la fin de la mesure puisque le Gouvernement a affirmé sa volonté de présenter un nouveau texte plus contraignant après les élections régionales, pour un démarrage dès juillet. Et si elle doit donc passer à nouveau devant le Parlement, ce sont les modalités de la taxe qui ont été attaquées et non son principe.

 

Un avantage concurrentiel

En théorie, l’écolabel doit procurer un avantage concurrentiel aux entreprises qui le détiennent. Mais les témoignages des entrepreneurs montrent que pour l’instant le développement durable n’est pas encore un critère de choix qui surclasse les autres. « Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas remarqué d’évolution de la demande en matière d’écologie, mais la France est au début de sa prise de conscience écologique et nous devrions avoir des retours positifs et encourageants à court terme", explique le patron d’un hôtel trois étoiles écolabellisé en Lorraine qui témoigne sur le site Internet de l’Afnor.

Une tendance confirmée par une étude réalisée début 2010 par deux chercheurs des universités de Lyon et de Bretagne. Selon cette enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population française, les touristes avouent majoritairement ne pas être sensibles aux arguments de développement durable dans les offres touristiques. En gros, les touristes interrogés reconnaissent qu’ils n’ont pas conscience des effets d’un tourisme de masse sur l’environnement. Le tourisme durable reste marginal face à un tourisme de masse très développé. Pourtant, selon Christian Lucas, l’avantage de détenir un écolabel est indéniable et sera de plus en plus déterminant : « dans l’avenir, quand les gens auront le choix entre deux hébergements, ils iront vers ceux qui sont dans une démarche durable. On le voit déjà dans les campings. Ceux qui sont labellisés Cléverte, une démarche proche de l’environnement, ont un avantage concurrentiel ».  Il est donc intéressant pour une entreprise du secteur de se positionner dès aujourd’hui comme un acteur du développement durable, pour en récolter demain les fruits.

Le tourisme durable ce n’est pas seulement descendre dans un hôtel ou un camping labellisé. C’est une démarche qui demande une participation active du client. Le simple fait, dans un camping, de trier ses déchets, demande une prise de conscience et un engagement. Dans le Marais Poitevin, par exemple, des actions sont menées pour que les clients venant majoritairement de la région parisienne utilisent le TGV pour se rendre sur leur lieu de vacances. Des navettes les emmènent de la gare de Niort jusqu’au Marais Poitevin, où ils vont poursuivre en vélo jusqu’à un hébergement écolabellisé, comme par exemple le Camping de la Venise Verte à Coulon (qui propose d'ailleurs gratuitement des vélos à ses clients). L’emprunte carbone est proche de zéro.
L’une des composantes du tourisme durable, c’est aussi l’écotourisme. C’est-à-dire le tourisme pour découvrir la nature, la faune, les espaces naturels. « Dans la région, nous avons par exemple le Marais Poitevin. C’est une destination d’excellence. L’avantage d’une destination comme celle-là c’est qu’on essaie de prendre en compte toutes les dimensions. En Charente-Maritime s’est développé un pôle nature ».

En conclusion, le tourisme durable en est à ses débuts. Comme dans les autres secteurs d’activité, il doit réaliser l’alchimie entre l’offre et la demande. En termes d’hébergement, les pionniers semblent pour l’instant ne pas en faire leur argument de vente principal, sauf pour des structures dédiées, comme le centre de plein air de Lathus dans la Vienne, dont toute la démarche consiste à se positionner comme un lieu écologique, pédagogique, respectueux de l’environnement, permettant également de faire de l’insertion sociale. Un exemple qui reste rare, même à l’échelle de la France. 

Pierre-Albert Ruquier

A noter : le 4ème salon du tourisme durable, éthique et responsable se déroule du 15 au 17 octobre à Bruxelles. Renseignements sur le site Internet des organisateurs : www.tourisme-autrement.be

Liens pour aller plus loin :

Le journal de l’écotourisme

Les écolabels sur le site de l’Afnor

L’association écotourisme France

Le comité régional du tourisme de Poitou-Charentes

Etude sur les touristes et le développement durable 

 A noter :

Les CCI du Poitou-Charentes conseillent les professionnels du tourisme et proposent des outils pour initier une démarche (pré-diagnostic développement durable, pré-diagnostic énergie, club éco-labels européens)  en partenariat avec la DIRECCTE, l'ADEME, le Conseil Régional,GDF Suez et le Crédit Mutuel.  Contact pour information : Isabelle Mouzay au 05 49 28 79 72, This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it