| Canam France, entreprise niortaise de 80 personnes, est spécialisée dans la construction métallique, avec une approche de prestataire de solutions et de services pour une clientèle du BTP et de l'industrie. L'entreprise a beaucoup évolué, d'une part pour plus de rentabilité, d'autre part pour une performance globale associée à une gestion des risques très innovante. Témoignage de Nicolas POUVREAU, son Dirigeant. | |
Nicolas POUVREAU Dirigeant de Canam France "Le développement durable et la gestion globale des risques sont les clés de notre pérennité"
Votre entreprise évolue dans un secteur d’activité, la construction métallique, où on ne s'attend pas à une stratégie basée sur le développement durable et la gestion globale des risques. Qu’est-ce qui vous a conduit à lancer cette démarche, qui plus est en pleine crise économique ?
Dès 2004, notre entreprise a opté pour une nouvelle stratégie et changé d'organisation afin de répondre aux besoins, en sous-traitance ou co-traitance et fourniture pour nos concurrents devenus nos clients. En travaillant sur des ouvrages prestigieux du type aéroport de Nice, palais de justice à Grenoble, piscine olympique d'Antigone à Montpellier, ou encore palais des congrès du Futuroscope, nous avons pu réaliser à quel point la performance globale nous était indispensable. Les premières étapes ont été la politique de qualité et de renouer avec la rentabilité et la valeur ajoutée à partir de 2006. Autre volet sur lequel nos efforts ont porté : celui de la compétence et de la sécurité de notre personnel, ainsi que son implication. Puis, nous avons investi en 2010 pour ouvrir un nouveau hall de production dédié à la fabrication des pièces lourdes et volumineuses avec des outils à la pointe du progrès, des exigences et des normes, concernant les conditions de travail et l'environnement. Enfin, dernier chantier débuté également en 2010, celui de la gestion globale des risques, en participant à une action pilote proposée par les CCI de Poitou-Charentes, et ensuite l'intégration d'Anne TRIQUET dans notre équipe pour développer cette approche innovante .
La qualité, le confort de travail de vos collaborateurs et le respect de l'environnement ont-ils été particulièrement au coeur de votre approche ?
Tout à fait, nous attachons une attention toute particulière au confort et à la sécurité de nos équipes, mais également à notre environnement, c'est indispensable. Cela a été dans la suite et la logique de la politique de qualité. Nous avons plusieurs actions en cours pilotées par notre assistante sécurité et le CHSCT. En interne et au quotidien, nous menons des actions de prévention, d'analyse, d'assistance et d'écoute. Une démarche de progrès a été mise en place avec l'OPPBTP (Organisme de Protection et de Prévention du BTP) qui nous a permis d'obtenir la certification. Depuis début 2010, le club TMS travaille avec la CARSAT pour leur prévention. Nous travaillons aussi à la mise en place des eurocodes pour répondre aux niveaux d'exigences demandées sur certains ouvrages et permettre à Canam de pouvoir réaliser le contrôle non destructif dans nos ateliers. Au-delà, nous voulons également valider avec le soutien du CTICM nos compétences en fabrication pour assurer à nos clients des procédures et des produits dans les règles de l'art en référence au marquage CE-EN 1090-1 : cette démarche nous positionne fortement et nous permet de participer à la phase pilote d'un projet label du CTICM qui intègre le développement durable .
En quoi la démarche de prévention globale des risques conforte-t-elle votre stratégie, et comment l'avez-vous mise en oeuvre concrètement ?
C’est une approche très pertinente pour mettre en oeuvre une stratégie de développement durable qui porte sur la globalité des risques et de la performance. Anne est entrée chez nous en qualité de stagiaire alors qu'elle terminait son Master professionnel à l'IRIAF (Institut des Risques Industriels Assurantiels et Financiers de l'Université de Poitiers, basé à Niort). L'opération pilote proposée par la CCI nous a semblé être dans la continuité et a permis de structurer les travaux. 12 familles de risques ont été ainsi déterminées (géopolitiques, économiques, sécuritaires, environnementaux, sociaux, etc.). La seconde étape a été de consulter tout le personnel et de créer un groupe de travail de 8 personnes représentatif de tous les services. D'avril à juin 2010, ce groupe s'est réuni chaque semaine et a mis en évidence 334 risques qui ont ensuite été cotés afin d'évaluer leur criticité. La démarche s'est alors traduite par toute une série de mesures visant à réduire le niveau de criticité des risques les plus importants. Des réorganisations spatiales ont, par exemple, eu lieu pour faciliter la transmission d'informations entre les services. Des réunions de contrôle d'avancement des plans d'actions ont lieu mensuellement. C'est Anne qui a poursuivi les travaux car depuis nous l'avons recrutée .
Vous avez établi le plan d’actions en travaillant de manière participative avec vos salariés : quel est leur niveau d'engagement ?
Leur adhésion à cette démarche a été et reste forte. Elle a permis de prendre en compte les inquiétudes de chacun. Les échanges et les discussions provoqués par les réunions hebdomadaires ont été très enrichissants, sur le plan humain mais aussi intellectuel. Nous avons adapté la méthode à nos besoins, et cela fonctionne. Le bilan est très positif car suite aux actions engagées, le niveau de criticité de la quasi totalité des risques a baissé. Un nouveau bilan est prévu dans 6 à 8 mois pour capitaliser sur out ce qui a été mené et réenclencher des processus s'ils étaient nécessaires . Quel avenir voyez-vous à votre entreprise ?
Je reste assez confiant sur l'avenir du marché de la construction métallique avec une génération d'entrepreneurs qui entraîne notre profession vers de nouveaux challenges architecturaux et environnementaux. De nouveaux marchés se développent avec par exemple le traitement des déchets ou les ossatures supportant les panneaux photovoltaïques. Quant à notre entreprise, nous allons poursuivre dans la voie choisie car elle correspond, j'en suis certain, aux besoins actuels et futurs de nombreux clients. De plus, avec la prévention des risques, nous sommes bien préparés à faire face à beaucoup de situations critiques, et nous allons également poursuivre dans ce domaine. Enfin, je n'oublierai pas de mentionner que notre personnel est la force de notre entreprise et que nous souhaitons continuer avec son implication .
Quels conseils donneriez-vous à d’autres entrepreneurs ?
Même dans des métiers qu'on pourrait qualifier de "traditionnels" comme le nôtre (rappelons que l'entreprise Chesseboeuf à Magné, qui est à l'origine de Canam France, avait été créée en 1961 !), l'innovation, au sens large du terme et pas seulement l'innovation technologique, est plus que jamais un impératif. Ce n'est pas un conseil, mais un constat. Le développement durable d'une entreprise passe par elle, incontestablement .
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