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Emmanuel DELANNOY est Secrétaire Général de la Ligue ROC, association nationale de protection de la nature présidée par l'astrophysicien Hubert REEVES. Il a créé et dirige l'institut INSPIRE, qui travaille à promouvoir et à mettre en oeuvre des stratégies permettant de créer plus de richesses et de bien être en prélevant moins de ressources naturelles. Pour lui, la biodiversité n'est pas un luxe, mais bien le socle du développement économique et du bien-être humain. Venu le 16 juin dernier à Niort pour une conférence intitulée "Entrez dans la révolution industrielle durable", il nous livre quelques pistes pour reconfigurer notre mode de relation à la biosphère et faire face à "l'inversion de raretés" qui caractérise notre époque. 
Nous avons tant et tant attendu que la notion même de développement durable est aujourd'hui questionnée par la réalité. Ce qui était faisable en 1980 ne l'est plus aujourd'hui. Dans tous les domaines, des signaux convergent, objets de consensus scientifiques au plan international, faisant état de menaces croissantes. Les émissions de GES, loin de ralentir, continuent à croître. Les écosystèmes sont épuisés, fragmentés, fragilisés. Rien qu'en France, c'est l'équivalent d'un département qui disparaît tous les 10 ans sous le béton et le bitume. Le « peak oil » n'est désormais plus une échéance lointaine ou incertaine, mais une réalité bien présente. Les effets à court terme de la crise économique peuvent donner l'illusion d'un ralentissement. Mais il ne s'agira au mieux que d'une courte « pause » avant une reprise brutale des prélèvements de ressources naturelles. Et compter sur une dégradation de l'économie pour permettre à la biosphère de souffler un peu ne ferait que renforcer l'idée que les nécessités de l'une et la logique de l'autre seraient incompatibles, ce qui n'est pas notre point de vue. Resynchroniser les flux pour réconcilier économie et biosphèreLa vie a su se débrouiller pendant 3,8 milliards d'années pour créer et innover. Sa dynamique circulaire et efficiente devrait nous inspirer. Mais les faits et les dégâts sont là. L'enjeu n'est plus de travailler sur des ajustements « à la marge », des réductions d'impacts ou des pourcentages d'émissions grappillés ici où là : c'est d'une reconfiguration de notre mode de relation à la biosphère dont nous avons besoin. Un « changement de logiciel ». Le « capital naturel », notion dans laquelle on peut inclure les réserves d'énergies fossiles, les écosystèmes, et même le climat, est aujourd'hui trop dégradé pour pouvoir supporter durablement l'économie. Un raisonnement centré sur la réduction des impacts n'est plus pertinent : il est indispensable de raisonner en amont, et d'analyser aussi les dépendances. Or, toutes les activités humaines dépendent directement ou indirectement des « biens et services » fournis par la nature : stabilisation du climat, régulation des effets des intempéries, production alimentaire, cycle de l'eau, ... Avec le recul nécessaire, il apparaît clairement que les projections linéaires ne sont plus réalistes : des effets de seuils, des ruptures, doivent être anticipés. Il n'est plus envisageable de prolonger des courbes tendancielles, comme on a souvent tendance à le faire. Dès aujourd'hui, l'emprise des infrastructures industrielles et agricoles sur les milieux naturels, leur dépendance vis à vis des services écologiques, leur dépendance énergétique sont autant de « points de fragilité » à analyser et à suivre avec attention. Si les menaces sont réelles, les opportunités ne manquent pas. Mais seule une analyse exhaustive et sincère permettra de les détecter.
Passer d'un économie linéaire à une économie circulaire et s'inspirer des leçons de la nature pour innover autrementCette « inversion des raretés » qui caractérise notre époque n'a pas qu'une seule face : Les ressources naturelles sont certes plus rares, mais les connaissances et la créativité n'ont jamais été aussi abondantes. Nous avons de nouveaux outils et des bases de connaissances qui nous permettent d'anticiper les tendances et de détecter à temps les menaces, mais aussi les opportunités. Notre meilleure connaissance du vivant doit aussi nous permettre de nous inspirer de son fonctionnement pour innover dans les modes de production et dans les modèles économiques. Nous sommes aujourd'hui en capacité de mettre en œuvre une économie sobre en carbone et intense en emplois, dont les quatre piliers sont : un accroissement radical de la productivité des ressources naturelles, la circularité, la fonctionnalité et le réinvestissement dans le capital naturel. INSPIRE travaille en relation avec le Rocky Mountain Institute (www.rmi.org) sur les quatre piliers du Natural capitalism (Efficacité énergie et matière, économie circulaire, économie de fonctionnalité) et met en oeuvre l'Ecosystem Services Review, outil stratégique de l'interdépendance entreprise / services écologiques mis au point par le World Ressources Institute (www.wri.org). Pour plus d'information : www.inspire-institut.org
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