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Remettre les hommes au coeur de l'entreprise
Remettre les hommes au coeur de l’entreprise : Le développement durable au secours du climat… social. Les politiques de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) sont un instrument pour être à l’écoute des salariés et améliorer les conditions de travail.

 La première raison est simple : «  la RSE est basée sur la participation des salariés. Elle redonne du sens et participe au développement d’une culture d’entreprise », justifie Hervé Fournier, Consultant au sein de Terra 21. «On ne peut pas dire que tout le monde est impliqué avec la même intensité, mais personne ne s’y oppose. Et ce qui est clair, c’est que cela créé un climat de confiance, un sentiment d’adhésion», témoigne Yann Rolland, PDG de Bel’m, une entreprise de 470 salariés de la région nantaise spécialisée dans les portes d’entrée.

 Instaurer le dialogue

Autre exemple, Léa Nature, basé à Périgny (17), qui donne « la priorité au management participatif », assure Capucine Decoster, Chargée de mission développement durable du groupe de produits bio. Les salariés peuvent ainsi échanger avec les délégués du personnel, le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et aussi, lors de permanences mensuelles, avec les ressources humaines. Des repas intra et inter-service sont organisés régulièrement, une pause avec distribution de viennoiserie est prise en commun tous les mois et la Sainte Léa marque une journée de sensibilisation sur l’environnement pour les personnels et leurs familles.

Bouffée d’oxygène pour l’entreprise et les salariés, ce dialogue constant est inscrit dans les gènes de la RSE, « qui ne repose pas sur un management pyramidal mais interactif , résume Hervé Fournier. C’est aussi une posture d’humilité, il faut accepter que les réponses ne viennent pas forcément d’en haut.» Comme à Bel’m, qui «  a passé le cap où une grande partie des idées viennent des salariés eux-mêmes. Car pour les petits détails, ce sont les opérateurs les mieux placés », indique Yann Rolland.

Tout le contraire de ce qui a été fait à France Télécom, où les salariés subissaient notamment l’isolement, l’instabilité et un changement important de système de valeurs. « Cette affaire montre que les chefs d’entreprises ne peuvent pas se contenter d’une approche triviale de gestion du stress et qu’il vaut vraiment aborder la question des risques psychosociaux (RPS) de manière franche », estime Dominique Lanoë, Ergonome et Membre du comité scientifique de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, mis en place par le personnel de France Télécom. Ses préconisations recoupent celles de la RSE : diagnostic, concertation et action. « Et sans tomber dans le routinier, il est important de refaire ce diagnostic régulièrement pour réfléchir sur les conséquences des évolutions qui ont eu lieu depuis», conseille-t-il.

 Passer en revue les problématiques

Mais une PME peut-elle se permettre une démarche RSE ? « Dans les sociétés comme la mienne, Stouls compte 42 salariés, le chef d’entreprise est souvent le DRH et consacre plus de temps aux questions techniques, commerciales, économiques… », concède Dominique Stouls, PDG de l’entreprise éponyme. Basée dans la région parisienne, elle est l’une des 130 PME à avoir participé à l’expérimentation sur le SD21000, un guide d’application de démarche RSE publié par l’AFNOR. « Cela permet de se poser et de faire un état des lieux qui donne une vision à la fois globale et détaillée. Ensuite, on travaille en priorité sur tel ou tel sujet. C’est un outil souple à la portée des PME », assure -t-il.

La future norme ISO 26000, qui se veut une référence internationale en terme de RSE reprend les même lignes directrices : « Il faut d’abord identifier puis écouter les parties prenantes. Elles peuvent toutes apporter des ressources à l’entreprise, y compris financières, explique Stéphane Mathieu, Directeur régional Sud-Ouest de l’AFNOR.

« Pour ne parler que des risques psychosociaux, cela concerne les représentants du personnel, le médecin du travail, la caisse régionale d’assurance maladie (CRAM) qui dispose de services de prévention, l’agence régionale de l’amélioration des conditions de travail (ARACT) qui met à disposition des conseillers… » , détaille-t-il.

 Des RPS (risques psychosociaux) à la mobilité

Voilà pour la méthode. Côté actions, l’éventail est aussi large que les thématiques sont multiples. Par exemple, «les RPS, c’est plus large que le stress. Cela touche l’ensemble des conditions de travail », assure Dominique Lanoë. Pour preuve, il cite les six axes identifiés par en octobre par le Collège d’expertise sur le suivi statistique des risques psychosociaux : « exigences au travail, exigences émotionnelles, autonomie - marges de manœuvre, rapports sociaux - relations au travail, conflits de valeur et insécurité d’emploi ». Dans le détail, le rapport insiste notamment sur des problématiques au cœur de la RSE comme la participation, la reconnaissance, l’autonomie, l’éthique…

Pour compléter ce tour d’horizon des questions sociales, Audrey Dassens, Chargée de mission prévention des risques à l’ARACT Poitou-Charentes y ajoute « la sécurité au poste de travail,  les troubles musculo-squelettiques (TMS), la santé, la gestion des âges, la gestion des carrières…» Et la liste continue : en plus d’actions spécifiques pour réduire les accidents de travail, Léa Nature est par exemple engagé sur le handicap, la parité, les salaires, le comité d’entreprise, la formation, la mutuelle etc.

Illustration de l’intérêt d’une politique globale, même les actions orientées  « écologie » peuvent s’avérer bénéfiques. « L’exemple type est la mobilité. Un chef d’entreprise m’a confié qu’il s’était aperçu qu’un de ses salariés dormait sur le parking de l’entreprise quand les prix de l’essence avaient explosé. On voit que l’enjeu énergétique peut affecter le bien-être et la sécurité », raconte Hervé Fournier.

Mais, comme l’indique Stéphane Mathieu, « quand il s’agit d’énergie, on démontre plus aisément le bénéfice : il suffit de regarder les factures ». Pour le social, les critères sont souvent intangibles, même si leurs répercussions sont tout aussi réelles, qu’elles soient humaines, économiques ou même médiatiques. La situation à France Télécom l’a montré de manière extrême.

Julien Vinzent

A SAVOIR :
L’AFNOR a mis en place une plate-forme d’échanges ISO 26000 Sud-Ouest. Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
L’ARACT propose des ressources documentaires sur son site internet (http://poitou-charentes.aract.fr) et peut aussi intervenir en entreprise. Contact : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.